« Quand le vent me souffle dans les cheveux, je voudrais bien le suivre, le laisser m’emporter. Tout le temps je veux le vent. Mais je n’ai pas le droit de voler. »
La vie, c’est bien rangé. À la maison, l’école, tout est organisé. C’est simple, c’est rassurant… mais c’est tout enfermé ! Un petit récit plein de souffle à la poursuite de la liberté.
Je demande de nouveau à ma sœur la permission de sortir, mais elle refuse.
‒ Pourquoi ? je m’écrie, outrée de tant d’injustice. Tu m’avais promis !
‒ Ce n’est pas prudent, m’explique-t-elle en regardant par la vitrine d’un air soucieux.
‒ Mais d’habitude…
‒ J’ai une idée, m’interrompt-elle en se levant. Si on faisait des beignets pour le dîner ?
Elle ne croit quand même pas qu’elle va m’amadouer aussi facilement et que je vais lui
pardonner ? Pendant qu’elle se dirige vers la cuisine, je décide de bouder un peu. Ça lui
apprendra ! J’ouvre un tiroir et saisis délicatement entre mes doigts un des jolis boutons
blancs à cœur jaune que je viens de ranger. C’est un bouton-marguerite… C’est un bouton-
moi !
Soudain, je sursaute. C’est quoi, ces bruits qui proviennent de la rue jusque-là
silencieuse ? On dirait des gens qui crient, on dirait des gens qui courent, on dirait des gens
en colère ! Tout à coup, notre boutique s’illumine comme si elle était en feu et…
… GLING ! GLING ! GLING ! La vitrine vole en éclats tandis que des morceaux de verre
brisé partent dans toutes les directions.
Comme du cristal dans la nuit…
« Un peu plus loin, Laure nous montre comment nous coucher en haut des prairies pour nous laisser rouler jusqu’au bas de la pente. Ça fait comme un toboggan géant. –J’ai les chocottes ! s’écrie Camille. –J’ai le hoquet, se plaint Pauline. –J’ai le tournis, s’amuse Tom. –J’ai le bonheur…, je murmure, en priant pour que ça ne s’arrête jamais, la vitesse, le vent, l’odeur de l’herbe, la terre fraîche, les copains, la belle montagne autour de moi. La liberté.
« Ajouter le sucre… mélanger la farine… couper le chocolat… voilà enfin des mots qui sentent bon, des mots qui ont un sens : du bon sens ! Jacquot suit les lignes avec son doigt et arrive vite au bout de la recette. Il relève les yeux et réalise, ébloui, que pour la première fois de sa vie il a lu un texte en entier, sans douleur, sans ennui, et en comprenant presque tout. « C’est parce que c’est intéressant », se dit-il. Et utile aussi : car il compte bien les faire, ces cookies, il compte bien les manger ! »
« Le premier jour du CP, en faisant l’appel, la maîtresse a eu les yeux qui lui sortaient de la tête. Elle a respiré un grand coup, a pris son élan et s’est appliquée à prononcer chaque lettre en articulant exagérément : « Ve-lo-de-ji-mi-ere-ts ». Ça faisait débile, et en plus, c’est même pas comme ça qu’on dit ! Puis elle a relevé la tête avec un sourire dégoulinant de fausse gentillesse et m’a sussuré d’un ton mielleux :
-Quel prénom, euh… original. C’est de quelle origine ?
J’ai rougi et chuchoté :
-Polonais.
Nemo s’est retourné et j’ai pensé : « Oh non ! À tous les coups, il va me traiter de « poney » et se mettre à hennir ! »