« Quand le vent me souffle dans les cheveux, je voudrais bien le suivre, le laisser m’emporter. Tout le temps je veux le vent. Mais je n’ai pas le droit de voler. »
La vie, c’est bien rangé. À la maison, l’école, tout est organisé. C’est simple, c’est rassurant… mais c’est tout enfermé ! Un petit récit plein de souffle à la poursuite de la liberté.
« Ajouter le sucre… mélanger la farine… couper le chocolat… voilà enfin des mots qui sentent bon, des mots qui ont un sens : du bon sens ! Jacquot suit les lignes avec son doigt et arrive vite au bout de la recette. Il relève les yeux et réalise, ébloui, que pour la première fois de sa vie il a lu un texte en entier, sans douleur, sans ennui, et en comprenant presque tout. « C’est parce que c’est intéressant », se dit-il. Et utile aussi : car il compte bien les faire, ces cookies, il compte bien les manger ! »
« -Puisque, ne t’en déplaise, nous sommes dans la même école, tu pourrais au moins me confier ce que tes camarades pensent de moi. Ce Marcel, par exemple, dont tu me rebats les oreilles depuis des années et qui, soit dit en passant, est un garnement très turbulent, que pense-t-il de sa chère maîtresse ? Elle paraît tellement sûre d’elle que je n’ose pas la décevoir. Comment pourrais-je lui avouer que Marcel la déteste ? Alors j’improvise : -Il te trouve très… marrante. -Ah bon ? Pourtant, ça n’a pas l’air de l’amuser, ce que je raconte. -C’est parce qu’il t’écoute attentivement, tellement c’est intéressant. -Le dos tourné en train de faire l’imbécile avec ses copains ? -C’est sa manière de se concentrer. -J’en connais une autre, plus efficace ! C’est de la priver de récréation. Pauvre MarceL… »
« Un peu plus loin, Laure nous montre comment nous coucher en haut des prairies pour nous laisser rouler jusqu’au bas de la pente. Ça fait comme un toboggan géant. –J’ai les chocottes ! s’écrie Camille. –J’ai le hoquet, se plaint Pauline. –J’ai le tournis, s’amuse Tom. –J’ai le bonheur…, je murmure, en priant pour que ça ne s’arrête jamais, la vitesse, le vent, l’odeur de l’herbe, la terre fraîche, les copains, la belle montagne autour de moi. La liberté.
D’abord, il a fallu changer mon nom de famille : « Jacques, ça va, mais Reichman, ça fait trop… euh… pas assez… Enfin, tu me comprends, a dit Georgette. Tu as une idée ? – Ben oui, c’est facile. Puisque Reichman, ça veut dire « riche », je n’ai qu’à m’appeler… Richard ! » Elle a éclaté de rire : « Parfait. Si on te pose des questions, tu diras que tu t’appelles Jacques Richard et que tu es mon neveu. – Pourquoi pas ton fils ? – Parce que je ne suis pas mariée, que je ne porte pas d’alliance et que je ne m’appelle pas Richard ! Tu seras le fils de ma sœur… – Tu as une sœur ? – Non, mais c’est pas grave ! Tu seras le fils de ma sœur… Jeannette. Son mari, M. Richard, est prisonnier et elle m’a demandé de t’amener chez ta grand-mère en Normandie. – Mais ma grand-mère est en Roumanie, pas en Normandie ! – Elle est devenue normande », a décrété Georgette d’un ton péremptoire. (…) Nous avons continué à m’inventer une vie en nous amusant beaucoup. Mais en vrai, c’était triste de ne plus avoir le droit à mon nom, à mes parents, à ma grand-mère que je n’avais jamais vue, plus droit à ma vie, plus droit d’être moi.